Apparence, qui es-tu ?

Dotée sans nul doute d'étranges pouvoirs multiples,
Prête à jouer, en tous points, en tous lieux, complaisante,
Au service de la vie, dans son éternel périple,
En art du camouflage, tu es la "savante".

A séduire ou repousser, le règne végétal,
Dans sa recherche permanente d'adaptation,
Quémandera ton concours génial
A la satisfaction légitime de son ambition.

L'animal aussi, au cours de son évolution,
Pour se protéger ou agresser, selon ses besoins,
Puisera dans tes ressources de caméléon,
Afin de duper la cible, sans témoin.

L'humain, doué de raison, tout simplement,
Dans sa recherche de pureté et d'idéal,
Usera de tes dons de mimétisme, autrement,
Dans l'accomplissement de son destin loyal.

Tes atouts sibyllins, mystérieux, sous ta conduite,
Aiguisent et leurrent nos cinq sens,
Protectrice ou trompeuse, ton action gratuite,
Charme ou révolte, condamnée aux dépens.

Illusion, certes, telle est ta vocation première,
Mirage des sens, insaisissable, tu demeures,
Dans une vie planétaire, vouée à l'éphémère,
Tout être te côtoie, t'utilise et se meurt.

Ne pas être ton maître et les accepter tous,
Généreuse, tu l'es, sans discernement,
T'exposer en retour à la méfiance de tous,
Voilà ton anathème, en guise de jugement.

(Robert Lloret, Mondragon, mai 2002)