La main sollicitée

Des tâches les plus ingrates, à celles des plus nobles,
Capable du meilleur comme du pire, voire de l'ignoble,
Extraordinaire sens du toucher, chargée d'émotions,
La main demeure source d'une kyrielle d'expressions.

Levée à l'occasion d'un vote, en signe de menace,
La main voleuse, discrète, se fait basse.
Première classée, au titre de la virginité,
La main se qualifie de dernière, afin de terminer.

Passer, volonté oisive, attitude délicate,
La main besogneuse se met à la pâte.
Vide, tendue par le mendiant à la peine,
La main gourmande, avide, déborde, pleine.

Perdue, parfois, au joueur condamné à attendre,
La main de la promise, convoitée, reste à prendre.
Morte, lorsqu'il s'agit de ne pas y aller,
La main vit au rythme du coeur qui y est.

Armée, asservie par l'être en rupture d'équilibre,
La main de l'esclave affranchi se veut libre.
Verte, dévolue au jardinier, tradition comprise,
La main devient blanche, victime de la prise.

De maître, lorsqu'elle se qualifie de haute également,
La main du novice demande à se faire, patiemment.
Heureuse, celle de l'auteur, qui a osé ces vers en soi
La main, si le leceur approuve, sera gardée par devers moi.

(Robert Lloret, Mondragon, mai 1996)