Au temps du 3e millénaire


Contemporains, An 2000 ! Comme une date magique,
Destruction de l'humanité et fin du monde,
Victimes de l'apocalypse, source prophétique,
Vie et mort, réunies, dans une fatale seconde.

Orgueil démesuré, croire à son talisman,
Esprit faible de l'homme, des dogmes prisonnier,
Vouloir domestiquer et maîtriser le temps,
Valeur intemporelle, appelée à régner.

A compter les ans, en nombre de lunes naguère,
Du temps qu'il fera, au temps qui passe, les hommes,
Chiffrant leurs années, en printemps ou en hivers,
Ont disserté sur le temps présent, en somme.

Pure notion abstraite, issue de la nuit des temps,
Divisée et fractionnée au rythme des saisons,
Heure, jour, mois, année, siècle, ère, autant de moments,
Domptés, afin de justifier la "raison".

Courir avec le temps, en cadence, bien sûr,
Année bissextile reviendra tous les quatre ans.
Se donner du bon temps, en libertin impur,
Apportera, finalement, désagréments.

Perdre son temps, et ne pouvoir le rattraper,
Ennuis d'argent, tu connaîtras probablement.
Tuer le temps, but avoué du désoeuvré,
Sans avoir pris le temps de vivre pleinement.

Gagner du temps, pour l'automobiliste pressé,
Pour le perdre aussitôt, au premier "bouchon",
Etre de son temps, caméléon obstiné,
A vouloir paraître, sans être, sous les ovations.

Combien de locutions, impropres au langage,
Tout comme l'est l'entrée dans le troisième millénaire.
Il est temps, pour nous, de vous quitter sans ambages,
Surtout, laisser le temps au temps, qu'elle que soit l'Ere !

(Robert Lloret, Mondragon, mai-juin 2000)